Récolter des tomates, remplir des bocaux… et produire sa propre électricité. À la Ferme des Potagers de Marcoussis, chantier d’insertion en maraîchage bio et transformation agroalimentaire, 50 panneaux solaires couvrent désormais le toit. Le 1er octobre, l’ALEC Ouest Essonne y a réuni élus et agents d’une dizaine de communes pour raconter, de l’idée à la réalisation, comment ce projet d’autoconsommation solaire a vu le jour grâce au programme Les Générateurs.

S’adapter, le maître mot de la Ferme
Ce jeudi matin, élus et agents arrivent pour découvrir l’installation photovoltaïque. Mais à la Ferme, la journée de travail ne s’arrête pas pour autant. Dans les serres, on récolte les dernières tomates de la saison. Plus loin, on prépare les paniers.
Dans la conserverie, on remplit les pots. Et il faut parfois improviser : « On a une arrivée de basilic inattendue, il faut s’adapter… », entend-on entre deux bocaux.
S’adapter : ici, le mot revient souvent. S’adapter au rythme et au parcours de chaque salarié en insertion, y compris des personnes en situation de handicap. S’adapter à ce que donne la terre : pour éviter le gaspillage, la Ferme a créé sa conserverie. Les agriculteurs des environs la sollicitent également pour transformer leurs récoltes en excès. S’adapter, aussi, au changement climatique, qui a durement touché les cultures cet été. « Pour les champignons, cette année, c’est compliqué », confie Hélène Lacroix, directrice de la Ferme des Potagers, qui nous fait visiter les lieux et semble être sur tous les fronts.
Fondée en 1999, cette association loi 1901 fait vivre trois activités : le maraîchage bio sur 10 hectares, la conserverie et la vente en circuit court. Chaque jour, une cinquantaine de salariés en insertion y travaillent, encadrés par 11 permanents et épaulés par une cinquantaine de bénévoles. Ses 300 paniers sont distribués à Marcoussis et dans une quinzaine de points de dépôt.

Dernier défi en date : s’adapter à une nouvelle façon de consommer l’énergie.
Marcoussis, une commune pionnière du solaire
Ce jour-là, Olivier Thomas, conseiller municipal délégué à l’énergie et aux déchets, n’est pas peu fier de présenter le projet. Et pour cause : ancien maire de Marcoussis, il a porté l’arrivée de la centrale photovoltaïque de la commune. Inaugurée en octobre 2021 sur une ancienne friche, avec ses 58 000 panneaux, elle était alors la plus grande centrale solaire d’Île-de-France (ENGIE Green, L’Usine Nouvelle).

Jérôme Plateau, vice-président de la Ferme, retrace l’origine du projet. La facture d’électricité atteint 10 000 à 12 000 euros par an : chambres froides, machines de la conserverie… En septembre 2024, la Ferme contacte l’ALEC Ouest Essonne pour être accompagnée.
« On voyait les énergies renouvelables comme l’opportunité de faire des économies sur le long terme et d’y allier une démarche plus écologique qui correspond aux valeurs de la Ferme »
Jérôme Plateau, vice-président de la Ferme des Potagers
Avant les panneaux solaires, le diagnostic
Dans la salle, place aux coulisses du projet. Car avant de poser le moindre panneau, une question s’impose : combien la Ferme consomme-t-elle, et à quels moments ?

« Au début, il a fallu faire un bilan de consommation. Il est important de savoir d’où on part, ce qui est consommé. »
Alexandre Folliot, directeur adjoint de l’ALEC Ouest Essonne
Ce bilan sert de boussole. À partir de là, l’ALEC rédige une note d’opportunité qui répond aux questions concrètes. Combien de panneaux ? Pour quelle production ? Quelle part de l’électricité sera consommée sur place ? En combien d’années l’investissement sera-t-il remboursé ?
Reste à savoir si le toit peut porter tout ça. L’ALEC met la Ferme en relation avec des bureaux d’études structure, chargés de vérifier que la toiture est saine et étanche. Verdict : l’une des toitures envisagées doit être écartée.
Vient ensuite le choix de l’installateur, parmi plusieurs devis, puis la recherche de financements. Pas de chance : au moment du projet, la Région Île-de-France avait suspendu son aide. La Ferme n’a donc pas pu en bénéficier.
Tout au long du parcours, la Ferme est épaulée par Nabile Mahi, responsable du pôle conseil aux collectivités de l’ALEC, dans le cadre du programme Les Générateurs, porté par l’ADEME et cofinancé par Paris-Saclay. Un accompagnement qui va jusqu’à faire connaître le projet, comme lors de cette visite.
Les partenaires complètent le tableau. Partenaire de l’ALEC, Enedis présente l’Espace Mesures & Services, un outil gratuit qui permet aux collectivités de lire leurs courbes de consommation pour bien dimensionner un projet. Florent Yibokou, du SMOYS, détaille de son côté les services du syndicat sur le photovoltaïque, complémentaires de ceux de l’ALEC.
Autoconsommation solaire : « le profil parfait »
« C’était le profil parfait pour du solaire. »
Guillaume Gibeaux, installateur, GIBSOL (Nozay)

L’activité de la Ferme se déroule en journée et culmine l’été, au cœur de la saison du maraîchage. Précisément quand les panneaux photovoltaïques produisent le plus.
Posés au printemps 2026, les 50 panneaux affichent une puissance de 25 kWc. L’objectif : consommer sur place l’essentiel de l’électricité produite, sans surproduire.
Après quelques mois de fonctionnement, Christophe Chambre, membre du conseil d’administration de l’association, qui a suivi et travaillé le projet, dresse un premier bilan, très encourageant : une baisse de 35 à 40 % des consommations d’électricité, pour un investissement de 33 000 euros, avec un retour sur investissement estimé à 7 ans.
Des communes venues chercher des idées
Dans la salle, les élus et agents sont venus d’Orsay, des Ulis, de Massy, de Villebon-sur-Yvette, mais aussi de plus loin, comme Angervilliers ou Forges-les-Bains. Beaucoup ont un projet en tête pour leur commune. Mais les financements font parfois défaut.

« Nous accompagnons aussi sur la recherche de financements », rappelle Alexandre Folliot. Une aide précieuse en période de contraintes budgétaires.
Vers midi, Hélène Lacroix guide la visite : serres, conserverie, boutique, puis les panneaux, où Guillaume Gibeaux et Christophe Chambre répondent aux dernières questions. Certains repartent avec quelques légumes sous le bras, et plein d’idées pour leur commune. Pendant ce temps, les salariés profitent de leur pause déjeuner au soleil, dans le jardin. Le même soleil qui, désormais, fait tourner la Ferme.
Vous avez un projet ?
Vous êtes une commune et vous réfléchissez à un projet d’énergie renouvelable ? L’ALEC Ouest Essonne, financée par Paris-Saclay et l’ADEME (Les Générateurs et le réseau des Animateurs Chaleur Renouvelable), vous accompagne gratuitement, de l’idée jusqu’à la réalisation. Découvrez comment nous vous aidons à développer les énergies renouvelables sur votre commune.

