Cet article s’inspire d’une réflexion publiée sur Construction21 par Amaury Fievez, pilote du projet RACINE au sein du programme ACTEE, intitulée « Confort d’été : et si le terme n’était plus adapté ? » (septembre 2025). Nous la prolongeons ici à la lumière de la canicule exceptionnelle qui frappe l’ouest Essonne en ce mois de juin 2026.
4 jours de canicule intense : les prévisions annoncent 39°C jeudi. La nuit de dimanche 21 juin à lundi 22 juin a été la plus chaude jamais enregistrée en France depuis le début des mesures, en 1947. Cinquante-quatre départements sont en vigilance rouge canicule. Et pourtant, dans les règlements techniques, les appels d’offres, les diagnostics de bâtiments, on continue de parler de… « confort d’été ». Ce terme est-il adapté à cette situation ?
Un vocabulaire réglementaire avant d’être sanitaire
Le « confort d’été » est apparu dans le vocabulaire réglementaire du bâtiment au début des années 2000, intégré aux réglementations thermiques. Mais le terme semble vieillir et vite.
Son opposé logique est « l’inconfort d’été ». Un mot faible pour décrire ce que vivent aujourd’hui des milliers de personnes : des nuits sans sommeil à 30°C dans un appartement parisien qui « ne descend plus », des enfants qui ne peuvent plus se concentrer dans une salle de classe à 34°C, des personnes âgées recluses dans leurs logements surchauffés.
En 2023, Santé Publique France a attribué aux fortes chaleurs près de 5 000 décès en excès. Or, comme le précise Amaury Fiez : « « seulement » 1 500 ont été enregistrés en période de vague de chaleur ; les autres l’ont été en dehors des périodes caniculaires, voire en dehors des mois de juillet et d’août, avec des surchauffes enregistrées dans les écoles parfois dès le mois d’avril. » A ce jour, 40 personnes sont mortes par noyade en cherchant à fuir la chaleur en lien avec la vague de chaleur. Ce n’est pas de l’inconfort. C’est une urgence sanitaire.
La surchauffe : un terme plus juste
Des voix s’élèvent désormais dans le secteur du bâtiment pour parler de surchauffe thermique plutôt que de confort d’été. C’est le terme retenu par le programme ACTEE (porté par la FNCCR), qui expérimente depuis plusieurs années des démarches d’adaptation dans des écoles pilotes à travers toute la France.
Et pour cause : « over-heating » est le terme consacré dans la littérature scientifique internationale. Il décrit un phénomène physique précis : un excès d’énergie thermique dans le bâtiment ET dans le corps humain et reflète mieux la réalité de ce que vivent les occupants.
La Fondation pour le logement parle, elle, de non-habitabilité. Le terme est fort, mais juste : un logement qui atteint 38°C en pleine nuit n’est plus vraiment habitable. Et pour les bâtiments publics (écoles, médiathèques, mairies ) on pourrait parler de non-utilisabilité.
Pourquoi les mots comptent
Ce débat sémantique n’est pas anecdotique. Les mots qu’on utilise conditionnent les priorités qu’on se donne et les budgets qu’on alloue.
Parler de « confort », c’est suggérer qu’il s’agit d’un agrément, d’un plus, d’un détail. Parler de surchauffe, c’est nommer un problème réel, mesurable, aux conséquences sanitaires et économiques documentées.
Ce que nous vivons cette semaine, c’est ce à quoi nos territoires devront faire face plusieurs fois par an d’ici 2050, selon les projections de Météo France (scénario +4°C : multiplication par 10 du nombre de jours de vague de chaleur).
Ce qu’on peut faire, dès maintenant
Les solutions pour lutter contre la surchauffe thermique n’attendent pas de grande révolution technologique.
Protections solaires extérieures (volets, stores, brise-soleils) pour bloquer le rayonnement avant qu’il n’entre dans le bâtiment. Près de 40 % des logements français n’en disposent pas suffisamment (étude Pouget Consultants, 2024). La bataille des volets fait même l’objet d’un article dans Le Monde : des locataires parisiens posent des stores malgré l’avis défavorable des architectes des Bâtiments de France.
Ventilation nocturne :ouvrir les bâtiments quand la température extérieure baisse, pour purger la chaleur accumulée dans les murs. Simple en principe, mais qui suppose une organisation : qui ouvre ? Qui ferme ? Qui surveille ?
Brasseurs d’air : peu énergivores, efficaces dès lors que l’air ambiant ne dépasse pas 35°C.
Végétalisation et désimperméabilisation : arbres, toitures végétalisées, cours d’école en pleine terre : autant de solutions qui rafraîchissent les abords des bâtiments et réduisent l’effet d’îlot de chaleur urbain.
Agir à toutes les échelles
Face à la surchauffe, deux niveaux d’action sont complémentaires.
À l’échelle collective, les collectivités et gestionnaires de bâtiments publics ont un rôle central : diagnostiquer la vulnérabilité thermique de leurs équipements, prioriser les travaux, mobiliser les financements disponibles. L’ALEC Ouest Essonne accompagne gratuitement les communes et intercommunalités de notre territoire dans cette démarche.
À l’échelle individuelle, chaque habitant peut aussi agir : poser des protections solaires, ventiler la nuit, adapter ses usages. Mais tous ne sont pas égaux face à ces solutions.
Que vous soyez élu, gestionnaire de bâtiments, directeur d’école ou simplement habitant de l’ouest Essonne : la surchauffe thermique n’est plus un sujet de confort. C’est un sujet de santé publique, de justice sociale, et d’adaptation urgente à un climat qui a déjà changé.
Lutter contre la précarité énergétique
Les foyers les plus touchés sont souvent ceux qui n’ont pas les moyens d’agir : logements mal isolés, sans protection solaire, sans ventilation efficace.
Vous avez des sensations de froid l’hiver, de chaleur insupportable l’été, ou des factures d’énergie trop élevées ? Sur le territoire de Paris-Saclay, l’ALEC Ouest Essonne est l’opérateur d’un programme de lutte contre la précarité énergétique dans le cadre de Paris-Saclay Rénov’, la déclinaison locale de France Rénov’ sur le territoire de Paris-Saclay.

