Face à la surchauffe, pas de solution miracle : la combinaison qui marche

La canicule historique que nous traversons pose une question simple : existe-t-il un droit de vivre au frais ? Faut-il généraliser l’installation de la climatisation, ou existe-t-il d’autres réponses ? Protections solaires, brasseurs d’air, ventilation nocturne, isolation, refuges climatiques… C’est la combinaison de ces solutions qui fait la différence. Deux publications parues cette semaine : le communiqué du collectif Rénovons et un dossier approfondi de Bon Pote, apportent des éléments utiles, que nous synthétisons ici.

Pas de solution miracle, mais une combinaison de solutions

C’est le premier enseignement : il n’existe pas une solution unique, mais une combinaison de leviers à déployer.

Selon les travaux du collectif Rénovons, s’appuyant sur une étude du centre de recherche TIPEE, une rénovation globale permet de diviser par trois le nombre de jours de chaleur excessive dans un logement l’été, et de maintenir jusqu’à 10°C de différence entre l’intérieur et l’extérieur. Un logement non isolé peut cumuler jusqu’à 44 jours d’inconfort thermique lié à la chaleur avec des pics à 37°C ; avec isolation, protections solaires et ventilation adaptée, ce chiffre tombe à moins de 15 jours, avec un pic ramené à 32°C.

Les protections solaires : le levier le plus sous-estimé

Avant même de penser isolation, la priorité est d’empêcher la chaleur d’entrer. Comme le résume l’ingénieur Pascal Lenormand auprès de Bon Pote : « Un mètre carré de vitrage qui prend le soleil, c’est 600 à 800 watts de chauffage. C’est comme si on avait un radiateur ! »

Volets, stores extérieurs, brise-soleils : ces équipements interceptent le rayonnement solaire avant qu’il n’atteigne les vitrages. Pourtant, près de 40 % des logements français n’en disposent pas suffisamment sur les façades exposées est, sud ou ouest (source : Le Monde, d’après l’étude Pouget Consultants, 2024). C’est simple, peu coûteux, et souvent plus efficace qu’une rénovation lourde.

Les brasseurs d’air : le grand oublié

Ventilateurs et brasseurs d’air plafonniers sont parmi les solutions les plus efficaces et les plus sous-utilisées en France. Selon les données du syndicat professionnel AFPVP, seulement 2,5 % des logements français sont équipés de brasseurs d’air, contre 60 % à l’échelle mondiale. Et selon une étude citée par Bon Pote (Campagna et al, 2026), seulement 5 % des habitants allument un ventilateur par 25°C — la proportion la plus faible d’Europe.

C’est pourtant l’un des meilleurs ratios efficacité/consommation qui soit : une cinquantaine de watts pour un ventilateur contre plus de 2 000 pour un climatiseur. Les brasseurs d’air plafonniers permettent de réduire la température ressentie de 2 à 3°C selon la vitesse et le taux d’humidité de l’air. Quant aux ventilateurs, une étude publiée dans The Lancet (Meade et al, 2024) conclut à leur efficacité jusqu’à 35°C , ce qui couvre l’essentiel des épisodes caniculaires en Essonne.

La ventilation nocturne : attention au sens

Ouvrir la nuit pour purger la chaleur, tout le monde le fait intuitivement. Mais la règle est contre-intuitive : tant que la température extérieure reste supérieure à la température intérieure, ouvrir revient à réchauffer son logement. Fenêtres fermées le jour, ouvertes la nuit seulement quand l’air extérieur est plus frais et de moins en moins possible avec la multiplication des nuits caniculaires.

L’isolation : efficace, mais pas suffisante seule

La rénovation énergétique globale reste indispensable sur le long terme. Mais attention : l’isolation seule, mal mise en œuvre ou sans les comportements adaptés, peut produire l’effet inverse. Comme le souligne Bon Pote, on peut « fabriquer des bouilloires thermiques en voulant construire des bâtiments exclusivement conçus pour le confort l’hiver ».

L’isolation fonctionne pour l’été à condition d’être couplée à une ventilation nocturne efficace et à des protections solaires. C’est précisément ce que défend Rénovons : la rénovation doit être globale, pas partielle.

Et la climatisation dans tout ça ?

Elle sauve des vies et son rôle ne peut être nié mais elle ne peut pas être l’unique réponse. Plusieurs limites méritent d’être connues.

D’abord, elle perd en efficacité au-delà de 40°C, précisément quand on en a le plus besoin. Ensuite, elle sollicite le réseau électrique au moment où il est le plus sous tension : comme le note l’expert Nicolas Goldberg auprès de Bon Pote, en période de canicule des centrales à gaz sont allumées le soir pour répondre à la demande : faire tourner sa clim la nuit, c’est indirectement consommer du gaz. Enfin, elle réchauffe la rue en refroidissant l’intérieur : dans une rue étroite, les rejets d’air chaud des climatiseurs peuvent provoquer une augmentation locale de température de 2 à 10°C.

Surtout, l’installer sans avoir d’abord traité l’enveloppe du bâtiment revient à surdimensionner un équipement pour un problème qu’on aurait pu réduire. Comme le résume Clément Gaillard, fondateur du bureau d’études Freio, auprès de Bon Pote : « Installer la climatisation n’a de sens que si l’on a tout fait pour empêcher la chaleur de rentrer. »

Une question de justice sociale

L’accès à ces solutions n’est pas équitable. Les ménages les plus modestes sont proportionnellement plus nombreux à habiter des logements mal isolés, sans protections solaires, dans des quartiers denses exposés aux îlots de chaleur. Et les moins bien équipés pour financer les travaux.

C’est dans ce contexte que certains acteurs commencent à parler de « droit à la fraîcheur » : l’idée que l’accès à un environnement thermiquement supportable devrait être garanti pour tous, au même titre que l’accès à l’eau ou à la santé. Un concept encore émergent, mais qui traduit une réalité déjà tangible : quand il fait 38°C la nuit dans un appartement non isolé, ce n’est plus une question de confort.

Cet article s’appuie sur le communiqué de presse du collectif Rénovons (24 juin 2026), les articles de Bon Pote « Climatisation et canicule : comment sortir des caricatures » (18 juin 2026) et « Canicule : quelles sont les alternatives viables à la climatisation ? » (24 juin 2026), ainsi que l’étude Pouget Consultants citée par Le Monde (2024) et l’étude The Lancet / Meade et al (2024).


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