Les premiers froids arrivent, et avec eux les factures. Avoir froid chez soi, baisser le chauffage pour payer ses courses, ne plus oser ouvrir ses courriers… Le mercredi 18 novembre, pour la Journée contre la précarité énergétique, Paris-Saclay Rénov’ invite petits et grands à en parler autrement, avec deux théâtres-forums gratuits à Palaiseau et à Orsay.
Une journée contre la précarité énergétique face à une situation qui s’aggrave
La Journée contre la précarité énergétique a lieu chaque année en novembre, à l’entrée de l’hiver. Coordonnée par la Fondation pour le Logement des Défavorisés (anciennement Fondation Abbé Pierre), elle est co-organisée par 19 organisations, dont le CLER – Réseau pour la transition énergétique. Partout en France, associations, collectivités et acteurs de terrain organisent des événements pour rendre visible une réalité souvent cachée. Toutes les initiatives sont recensées sur le site de la Journée contre la précarité énergétique.
Car la situation se dégrade. Selon le baromètre 2025 du Médiateur national de l’énergie :
- 36 % des ménages ont eu du mal à payer leurs factures d’énergie, un niveau record ;
- 35 % des Français ont souffert du froid chez eux, contre 14 % en 2020.
La précarité énergétique touche des familles, des personnes seules, des retraités, des locataires comme des propriétaires. Elle a des effets sur la santé, sur la scolarité des enfants et sur le budget, au détriment parfois de l’alimentation.
Hiver comme été, les mêmes ménages en première ligne
L’été que nous venons de vivre l’a rappelé de façon brutale. En juin 2026, 54 départements ont été placés en vigilance rouge canicule, et la nuit du 21 au 22 juin a été la plus chaude jamais enregistrée en France depuis 1947. Selon Santé publique France, la canicule du 17 juin au 2 juillet a causé 5 764 décès en excès : la plus meurtrière depuis 2003.
Face à la chaleur comme face au froid, nous ne sommes pas égaux. 37 % des ménages les plus modestes déclarent souffrir d’une chaleur excessive chez eux l’été, contre 20 % des plus aisés (Ademe, 2024) : deux fois plus, pour le même épisode climatique. Dans les communes urbaines défavorisées, un jour à plus de 28 °C fait augmenter la mortalité plus de trois fois plus que dans les communes rurales aisées (LIEPP – Sciences Po, 2026).
Ce sont souvent les mêmes logements qui sont impossibles à chauffer l’hiver et qui deviennent des bouilloires l’été. Les mêmes ménages qui étouffaient en juillet auront froid cet hiver, et ont le moins de moyens pour agir. C’est tout le sens de la lutte contre la précarité énergétique : réduire des inégalités qui, avec le changement climatique, ne font que se creuser.
Précarité énergétique à Paris-Saclay : un ménage sur dix concerné
Sur le territoire de l’Agglomération Paris-Saclay, près de 10 % des ménages consacrent plus de 8 % de leurs revenus à l’énergie. C’est pourquoi l’ALEC Ouest Essonne mène depuis juillet 2019 un programme d’accompagnement à domicile, aujourd’hui le Slime (Service local d’intervention pour la maîtrise de l’énergie), dans le cadre de Paris-Saclay Rénov’, déclinaison locale de France Rénov’. Depuis son lancement, plus de 400 ménages ont été accompagnés, dont 62 en 2025, contre 40 l’année précédente.
Ce programme est aujourd’hui menacé : son financement par l’État n’est pas assuré au-delà de 2027. Une perspective que nous regrettons profondément, au moment où les factures d’énergie augmentent et où les besoins sont de plus en plus importants. Pour l’instant, l’accompagnement continue sur le territoire de Paris-Saclay : les ménages en difficulté peuvent toujours être orientés vers Paris-Saclay Rénov’.
Le profil des ménages rencontrés en 2025 montre que la précarité énergétique ne se limite pas aux « passoires » de propriétaires :
- le froid en hiver est le premier motif d’orientation (42 %), devant les factures trop élevées (27 %) et l’humidité (13 %) ;
- 65 % sont locataires du parc social, souvent des familles monoparentales ou des personnes seules ;
- 35 % sont en impayé de factures d’énergie ou de charges, et seulement 15 % avaient reçu le chèque énergie.
L’accompagnement se déroule en trois étapes :
- Le repérage : travailleurs sociaux, associations, bailleurs ou mairies orientent les ménages en difficulté vers l’ALEC. Les ménages peuvent également nous contacter directement.
- Une visite à domicile globale : réalisée conjointement par la chargée de mission précarité énergétique, pour le volet social, et un conseiller en énergie, pour la partie thermique du bâtiment, cette visite permet d’appréhender à la fois la situation sociale du ménage et les caractéristiques du logement (confort thermique, équipements, consommations, factures, humidité, isolation, etc.). Des conseils personnalisés sont apportés et du matériel économe en énergie peut être installé gratuitement, sous conditions de ressources : ampoules LED, mousseurs, joints d’étanchéité, rideaux thermiques… À l’issue de la visite, un rapport détaillé est transmis au ménage avec les préconisations adaptées à sa situation.
- L’orientation et le suivi : en fonction des besoins identifiés, les ménages peuvent être orientés vers des aides financières (chèque énergie, Fonds de solidarité logement), une médiation avec le bailleur ou le fournisseur d’énergie, un accompagnement juridique avec l’ADIL 91 ou des travaux de rénovation. Pour les situations les plus complexes, un suivi renforcé peut être mis en place en lien avec les travailleurs sociaux, les services habitat, les bailleurs et les autres acteurs du territoire afin d’accompagner durablement le ménage dans ses démarches.
L’accompagnement est gratuit, confidentiel et sans engagement.
Pourquoi le théâtre ? Pour en parler sans stigmatiser
Beaucoup de ménages ne se reconnaissent pas dans les mots « précarité énergétique ». Ils parlent plutôt de factures trop lourdes ou d’un logement où l’on a froid, et n’osent pas toujours demander de l’aide. Pour repérer ces situations, il faut d’abord que le sujet circule.
Depuis 2023, l’ALEC fait le pari du théâtre pour la Journée contre la précarité énergétique : aux Ulis en 2023, puis à Massy et à Gif-sur-Yvette. Ces soirées d’improvisation abordaient directement la précarité énergétique. L’humour dédramatise, met des mots sur des situations vécues et ouvre la discussion avec les conseillers, sans jargon ni culpabilité.
Cette année, nous changeons d’angle. Chaud Devant ! aborde plus largement le changement climatique et l’énergie au quotidien : se chauffer, supporter les fortes chaleurs, maîtriser ses factures. Car avoir froid l’hiver, étouffer l’été ou voir ses factures grimper peut arriver à chacun d’entre nous, à un moment de sa vie. Parler de précarité énergétique, ce n’est pas parler « des autres » : c’est parler de situations que tout le monde peut rencontrer. Ce choix permet d’aborder le sujet sans désigner personne, et de donner à tous l’envie d’agir et de demander conseil.
Nous nous adressons aussi, pour la première fois, aux enfants. Ils vivent la précarité énergétique sans toujours pouvoir la nommer, et ils rapportent à la maison ce qu’ils ont compris. Comprendre pourquoi on peut avoir froid chez soi, connaître quelques gestes simples, savoir que demander de l’aide n’a rien de honteux : c’est une graine que l’on sème pour toute la famille.
Chaud Devant ! : deux représentations le 18 novembre
Chaud Devant ! est un théâtre-forum de la Compagnie Ça s’peut pas sur le dérèglement climatique. Les comédiens jouent des scènes du quotidien d’Inès, où les personnages n’ont pas toujours les bons réflexes face au climat et à l’énergie. Puis le public monte sur scène, prend la place d’un personnage et propose sa solution pour réécrire l’histoire.
- À Palaiseau, à 10h, à la MJC – Théâtre des 3 Vallées, avec les enfants des centres de loisirs de la ville.
- À Orsay, à 15h30, à la résidence autonomie Saint-Laurent, avec les enfants du périscolaire et les résidents de la résidence, pour un moment entre générations.
Quelques places sont ouvertes aux familles, dès 8 ans. L’entrée est gratuite, l’inscription conseillée : toutes les infos sur les pages Chaud Devant ! à Palaiseau et Chaud Devant ! à Orsay. Ces deux rendez-vous figurent aussi dans l’agenda de l’Agglomération Paris-Saclay et sur la carte nationale du site de la JCPE.
Ces rendez-vous sont organisés par Paris-Saclay Rénov’ avec l’Agglomération Paris-Saclay et les villes de Palaiseau et d’Orsay.
« Ce qui me frappe le plus, c’est la dégradation réelle des conditions de vie des ménages. À la précarité énergétique s’ajoute une précarité plus globale : je rencontre des ménages en souffrance, confrontés à des difficultés multiples qui ne leur permettent pas de vivre dignement chez eux, comme chacun devrait pouvoir le faire. Le Slime est une première approche : un contact, un temps d’échange et d’écoute, pour chercher des solutions avec eux. Ce travail repose sur une collaboration étroite avec les acteurs et référents de notre territoire. »
Sybille Chaillot, chargée de mission précarité énergétique
Vous avez froid chez vous ou des factures trop lourdes ?
N’attendez pas que la situation s’aggrave : les conseillers de Paris-Saclay Rénov’ vous accompagnent gratuitement. Contactez notre chargée de mission précarité énergétique au 01 84 77 77 77.

